Un nouveau protocole contre les dépendances

Un nouveau protocole contre les dépendances

Les dépendances répondent à un besoin urgent à satisfaire. Quand le phénomène devient compulsif, comme devant une bonne bière berlinoise, ou lors de pensées obsessionnelles, comme lors de TOC, il est souvent lié à un désir morbide inconscient de vouloir mourir.

Bière berlinoise

Ce nouveau protocole prend en compte à la fois un besoin supérieur à l’addiction, cette dynamique morbide et les stimuli enclencheurs grâce à des questions existentielles et l’EMDR. Le voici résumé :

Super protocole

Il monte d’abord dans l’échelle des besoins pour résoudre le conflit interne et trouver un besoin supérieur à celui couvert par l’addiction. Cela permet aussi de mettre la personne en « super ressource » avant de commencer la séance.

L’intention positive et l’échelle des besoins

Une personne qui a envie d’arrêter un comportement compulsif est prise dans une contradiction. Prenons l’exemple de la cigarette.

  • D’une part, il a envie d’arrêter, répondant à un besoin de santé et de respirer sainement.
  • D’autre part, il continue quand même, avec une raison excellent appelé intention positive. Supposons, dans notre cas, que ce soit faire une pause, se remplir, être plein de vie.

Dans notre cas, le besoin de « faire une pause » est donc plus important que celui de « vivre sainement ». Nous observons aussi que, souvent, le besoin couvert est à plus court terme que le besoin à long terme insatisfait.

Le super besoin

D’aller dans le besoin supérieur à l’intention positive du comportement permet de résoudre la contradiction apparente.

Echelle des besoins

Nous obtenons ce besoin supérieur en posant la question :

Est-ce qu’un jour tu as accepté de faire quelque chose alors que tu n’étais pas (intention positive du comportement addictif) ?

Laissez alors tout le temps à votre interlocuteur pour qu’il comprenne la question avant d’y répondre. Dans notre cas, la réponse était :

Quand je supporte ma mère à table. Le besoin est alors celui de contribuer au bien-être d’autrui.

Nous avons nos deux besoins : l’intention positive de faire une pause et le super besoin « contribuer au bien-être d’autrui ».

L’envie inconsciente de mourir

Passons à l’envie morbide cachée derrière le comportement. Elle souvent liée aux parents ou à une mésentente entre les parents.

  • Selon Bert Hellinger, l’anorexie provient d’un désir de mourir à la place du père, la boulimie d’une mésentente entre les parents, quand elle n’est pas précédée d’un épisode d’anorexie mentale. Elle peut aussi provenir d’une expiation personnelle ou d’une identification à d’autres personnes, mortes la plupart du temps, de la famille.
  • Dans le cas de TOC, la croyance « je dois être parfait » renvoie aussi à une envie de mourir. Être parfait signifiant être mort.
  • J’ai aussi souvent constaté que l’alcool est lié à la perte d’un membre de la famille, comme d’un oncle mort noyé.

Cinq dynamiques ont été retenues pour avoir un questionnement simple et des objectifs de cible en EMDR. J’ai rajouté l’avortement qui entraîne souvent un désir d’expiation mortel.

Dynamique compulsionLes cinq questions de base sont :

L’objectif est d’obtenir des indications de la dynamique dont on se servira lors de la séance d’EMDR :

  • Êtes-vous en paix avec votre mère ?
  • Êtes-vous en paix avec votre père ?
  • Êtes-vous en paix avec la mort de votre mère ?
  • Êtes-vous en paix avec la mort de votre père ?
  • Êtes-vous en paix avec votre mort ?

D’autres questions portant sur un comportement morbide peuvent être rajoutées en fonction du contexte :

  • Avez-vous des souvenirs de vos parents se disputant ?
  • Pour les femmes : avez-vous eu un avortement ?
  • Avez-vous déjà fait une TS ?
  • Avez-vous pensé à faire une TS ?

Ou des questions sur les beaux-parents en cas de remariage ou d’adoption.

Quelles questions poser ?

J’aurais aimé effectuer un sondage préliminaire pour trouver des corrélations éventuelles entre croyances et comportements (TCA ou addictions). Les questions fermées sont plus simples. Si vous avez l’habitude, contactez-moi. Voici quelles questions poser en dehors de tout sondage. J’aimerais approfondir le sujet dans le cas d’anorexie et de boulimie.

Questions ouvertes

Elles peuvent  aussi avoir comme intérêt de tester la motivation du client.

• Que vous procure cette addiction actuellement ? Un apaisement, une désinhibition, une annihilation de mes pensées morbides, un soulagement ?
• Quel objectif voulez-vous atteindre ?
• Que vous procurera cet objectif ?
• Parmi les croyances suivantes, laquelle aimeriez-vous atteindre ? Je peux écouter les messages de mon corps.

Voici celles concernant l’anorexie et la boulimie.

Cas de l’anorexie mentale

Voici les symptômes décrits par l’OMS :

  • Perte de poids intentionnelle, induite et maintenue par la personne, associée à la peur de grossir et d’avoir un corps flasque ;
  • Maintien d’un poids faible, en dessous des normes pour l’âge et la taille ;
  • Dénutrition de gravité variable, s’accompagnant de modifications endocriniennes et métaboliques secondaires et de perturbations des fonctions physiologiques, notamment arrêt des règles (aménorrhée) ;
  • Restriction des choix alimentaires ;
  • Pratique excessive d’exercices physiques ;
  • Vomissements provoqués et utilisation de laxatifs, coupe-faims et diurétiques.

L’anorexie peut apparaître seule ou accompagnée d’épisodes de boulimie, associés à une sensation de perte de contrôle, de profond sentiment de culpabilité, de dépression et d’angoisse, suivis d’une purge des calories absorbées (vomissements, abus de laxatifs et de diurétiques).

La boulimie

Voici les symptômes décrits par l’OMS :

  • des accès répétés d’absorption de grandes quantités de nourriture en peu de temps (hyperphagie) ;
  • une préoccupation excessive du contrôle du poids corporel, conduisant à une alternance d’hyperphagie et de vomissements ou d’utilisation de laxatifs.

Les personnes boulimiques ont souvent connu un épisode d’anorexie mentale, survenu quelques mois ou plusieurs années plus tôt.

Déroulement du protocole avec un exemple sur la cigarette

La phase zéro est l’anamnèse.

0. Réponses aux questions portant sur la dynamique et les besoins

0.1 Réponses aux questions « Êtes-vous en paix avec ? »

L’objectif est de débusquer la dynamique familiale.

  • Êtes-vous en paix avec votre mère ? Non
  • Êtes-vous en paix avec votre père ? Oui
  • Êtes-vous en paix avec votre beau-père ? Oui
  • Êtes-vous en paix avec la mort de votre mère ? Oui
  • Êtes-vous en paix avec la mort de votre beau-père ? Non
  • Êtes-vous en paix avec la mort de votre père ? Oui
  • Êtes-vous en paix avec votre mort ? Oui
  • Avez-vous déjà fait une TS ? Oui

0.2 Réponses sur les besoins

L’objectif est de mettre à jour le besoin et le super besoin :

  • Le besoin couvert par l’addiction est : faire une pause, se remplir, être plein de vie.
  • Le besoin supérieur à l’addiction est : supporter ma mère à table. Contribuer au bien-être d’autrui.

Vous êtes maintenant fin prêt.

1. Faire une séance d’EMDR sur le super besoin

Effectuer une première séance d’EMDR avec comme cible, la croyance liée aux besoins supérieurs à l’addiction : contribuer au bien être d’autrui.

La VOC 6, puis 7. Le scanner est OK

2. Faire une séance d’EMDR sur la croyance liée à l’intention positive

EMDR sur l’intention positive « je peux être plein de vie » en visualisant une journée type, une semaine type, un mois type, plusieurs années après.

Cinq stimuli découverts sur une journée :

  • Le matin, pendant mon thé, je fume une cigarette la fenêtre ouverte pour pouvoir aller aux toilettes ensuite. Je fume des menthol, comme ma mère. Je jette le paquet.
  • Chez moi, seul en train de trier les photos. J’ai le choix entre une pomme une cigarette.
  • Je suis vide derrière mon ordinateur parce que je ne suis pas dans la nature. Ce n’est pas vrai. Je me recharge. Je suis plein d’énergie. Le plein de vie fait partir le tabac.
  • Après avoir mangé. Je suis plein, je n’ai pas besoin de fumer.
  • Le soir, je suis fatigué sainement. Je n’ai pas besoin de fumer.

Revisualisation de la journée. Je refais le matin. Plein de quoi ?

Stimuli découverts sur une semaine : Je bois un verre avec un copain.
Stimuli découverts sur un mois : J’ai envie de recommencer

3. Faites jouer les dynamiques liées aux parents

Effectuez ensuite d’autres séances d’EMDR en fonction des réponses sur la relation avec les parents.

Comment ressentez-vous votre envie de quand vous pensez à « votre mère » ou « la mort de votre mère »… ?

Le plus souvent, la détresse augmente.

  • Comment ressentez-vous votre envie de fumer quand vous pensez à votre mère ? Oui, c’est la même mère. Elle me tombe. C’est plus dur.
  • Comment ressentez-vous votre envie de fumer quand vous pensez à la mort de votre beau-père ? Je suis triste en pensant sa mort. J’ai un peu plus envie de fumer. Je me sens coupable. Il a eu une vie monstrueuse. Je l’ai aidé. J’ai fait ce que j’ai pu + + +. Sa tentative de suicide. Il ne mérite pas cela. Je ne me sens pas bien. Je le sauve. Il se jette du pont. Je peux être plein de vie.

4. Le super pont vers le futur

Effectuer une séance en visualisant sa vie jusqu’à sa propre mort.

Ça va. Scanner : OK.

Questions diverses

Pas de lien avec les émotions ?

  • Je n’ai pas trouvé cela utile. Je connais un protocole de Robert Dilts permettant  de prendre du recul sur l’émotion quand le « je dois » n’est pas rempli. Il ne me semble pas nécessaire.

Pas de recherche de l’intention positive d’arrêter

  • Cela me semble aussi inutile, à l’inverse de toutes les thérapies proposées et de ce qu’il y a écrit sur les paquets de cigarettes.

Pour aller plus loin

Voici quelques livres que je vous conseille :

Sur l’échelle des besoins :

Sur les dépendances :

Sur les dynamiques familiales

Sur l’EMDR

 Si vous avez des remarques, laissez-moi un commentaire.

18 réflexions au sujet de “Un nouveau protocole contre les dépendances”

  1. Bonsoir,
    Depuis des années maintenant je me coupe les cheveux moi-même, au début c’est parce que revenant de chez le coiffeur je trouvais toujours quelque chose qui n’allait pas et je repassais derrière lui, maintenant je me dis que c’est devenu un TOC car dès que je m’énerve ou que ça ne va pas, je touche mes cheveux et trouve un côté plus long, ou un manque de symétrie et je cours à la salle de bains couper…
    Peut être est ce apparu à la suite d’un accident en 1997 : renversée par une voiture, mais je ne me souviens pas à quel moment ce comportement est apparu.
    Quoiqu’il en soit, il y a eu des périodes ou mes cheveux étaient vraiment courts, surtout sur le devant, quelle horreur.
    Maintenant j’arrive à contrôler un peu car je connais la limite à ne pas atteindre pour qu’ils ne soient pas trop courts ; j’ai des cheveux moches, frisés, fins, clairsemés.
    Pensez-vous que je « coupe » ma féminité ? l’excuse pour les couper c’est la mauvaise longueur, sauf que je coupe tout le temps…
    Et Dieu seul sait combien j’aimerais bien les laisser pousser, ne serait ce qu’un peu plus…
    Quelques fois je vais un peu loin et ma fille me rappelle à la raison : « maman qu’as tu fais, ils sont trop courts » et quand je me regarde dans le miroir je vois un monstre de laideur, qui a grossi de + de 10 kg en 2 ans (séparation).
    Mais c’est un soulagement, je pense que ça calme mes angoisses, surtout qu’approche la mort : j’ai 57 ans, j’ai PEUR, serait ce bien de la mort ?

    Merci pour cet intéressant article

    • A priori, vous avez 2 traumatismes, l’un lié à l’accident de 1997 et une séparation. Peut-être est-ce lié à la mort d’un proche : père, mère, frère ou soeur. Quelle est votre situation familiale ?

  2. Après plus de 30 ans de séparation je reviens vers ma famille; mon frère c’est jeté sous un TGV , depuis g du mal à soutenir ma soeur et ma belle soeur, mon père et mon frère cadet en veulent a ma belle soeur l’ambiance est infernal j’aimerai pouvoir agir positivement restant neutre , j’ai des crises de boulimie et g du mal a suivre le programme de votre fille pourriez vous me venir en aide merci

  3. Bonjour,

    Je tiens tout d’abord à vous remercier pour vos articles.

    -Pour ma part, la question concernant le besoin supérieur n’est pas claire. Pouvez vous m’indiquer un exemple de question que pose le thérapeute et la réponse d’un patient ayant des troubles du comportement alimentaire ?
    -Concernant les questions « êtes vous en paix avec ? » je questionne sur la mort père, mère…même s’ils ne sont pas morts ?
    -Si la réponse est négative à « êtes vous en paix avec votre mort ? est ce à traiter comme on le ferait pour les dynamiques liées aux parents ?

    J ‘espère que mes questions sont claires et vous remercie par avance pour vos réponses qui me seront précieuses.

    Cordialement.

    • Voici quelques réponses :
      – La question est : dans votre vie, avez-vous un jour fait quelque chose alors que vous n’étiez pas en « paix » par exemple si le besoin couvert par l’addiction est un besoin de paix. Souvent, le besoin supérieur est un besoin de se sentir en vie, de donner du sens à sa vie ou de contribuer au bien-être d’autrui.
      – oui, en paix même s’ils sont vivants. Beaucoup de personnes se font de soucis pour des personnes vivantes et certaines veulent inconsciemment mourir à leur place. C’est le cas des personnes anorexiques qui peuvent être en paix avec leur mort mais pas avec celle de leur père vivant.
      – oui, on cible la mort de la personne. Ce peut être l’hôpital, l’enterrement ou les enfants tristes de voir leur parent mourir.
      Cordialement…

  4. Bonjour,

    Je vois actuellement une patiente présentant une hyperphagie.
    J’ai besoin de quelques renseignements complémentaires à propos du protocole EMDR à mettre en place.

    -Quand vous parlez de « faire une séance EMDR sur le besoin supérieur », si ce besoin est « contribuer au bien être d’autrui » il s’agit alors pour le patient de trouver une CN et une CP en lien avec ce besoin ainsi que VOC/émotions/SUD/ siège de la sensation corporelle ? ou alors la désensibilisation se fait directement à partir du besoin supérieur sans cognitions…

    -« Faire une séance d’EMDR sur l’intention positive » c’est l’idée de trouver des déclencheurs (jour, sem, mois année) qui font que le patient continue à fumer des cigarettes par exemple ? et ensuite de les traiter un par un ?

    Merci pour vos réponses,

    Cordialement

    • La cognition du besoin supérieur est « je peux contribuer au bien-être d’autrui ». Vérifiez le SUD et la VOC liée à « je ne peux pas… » et « je peux… » et faire des séances d’EMDR pour arriver à une VOC 7 et un scanner OK.
      L’intention positive est le besoin couvert par le comportement addictif, être en paix ou avoir de la compagnie dans le cas de la cigarette. Dans le cas de l’hyperphagie, ce peut être « se centrer », « se sentir en vie », « être en paix »…
      La recherche des enclencheurs se fait plutôt en PNL avec la série « je veux » « je dois » et se mettre en meta pour voir le schéma comportemental. Je préfère faire des séquences sur l’intention positive « je peux être en paix » par exemple et des visualisations sur la journée, le we, les vacances, les fins d’année et jusqu’à sa mort en étant sur le moment « je dois » (avoir la cigarette dans la tête ou dans la main par exemple).
      Si vous avez d’autres questions….

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