Le piège des émotions

De nombreux thérapeutes mettent au pinacle les « émotions » dans leur pratique.


Cela ne peut que les mener nulle part s’ils ne sortent pas de ce piège à la mode. Passons en revue théorie et pratique après la description de quelques expériences personnelles.

Histoires vécues

Je me souviens de plusieurs événements à propos des émotions.

  • Dans la première, j’étais allongé sur le sol et une « thérapeute », conseillée par une psychologue, me touchait et me demandait en permanence ce que je ressentais. Au début, j’étais calme et, au fur et à mesure de ses questions, j’étais de plus en plus perturbé car je ne savais pas où elle voulait en venir. Je ne l’ai vu qu’une fois.
  • La deuxième était lors d’un séminaire de Rebirth à Berlin. La thérapeute faisait un premier tour de ronde et demandait toujours « Was fühlst du? » ou « Que ressens-tu ? » et passait à la personne suivante sans aucune remarque. Au bout de plusieurs séances, j’étais de plus en plus en colère car je ne comprenais pas l’intérêt de cet exercice. Mettre fin à ce séminaire et me faire rembourser m’a demandé plus de difficultés car elle avait demandé un engagement à le suivre complètement, une subtile arnaque.
  • La troisième expérience fut un déclic. Un ami me disait d’abord ce qu’il ressentait avant de me le demander. J’ai alors compris ce qu’il me demandait !

Depuis, suite aux enseignements de Marshall Rosenberg et de Bert Hellinger, j’ai compris quel était l’intérêt ou plutôt l’inutilité de cette démarche quand elle est systématique.

La théorie sur les émotions

Nous aborderons les concepts et les liens entre les concepts de sensations, de croyances, de besoins, d’organes, d’hormones…

Émotions, sensations ou sentiments

L’émotion est souvent perçue corporellement. Quelque chose se passe dans le corps et nous envoie un signal. La faim, le froid, la douleur sont des sensations corporelles… et psychologiques. Il est possible, en hypnose de ressentir le froid et d’atténuer ainsi sa douleur. La faim, au début d’un jeûne, est souvent psychologique.

Le concept de « Sentiment » est un fourre-tout, surtout dans l’expression « j’ai le sentiment que tu… » où l’on fait semblant d’être au niveau émotionnel alors que l’on est dans le jugement. « Je sens que tu » est à bannir de votre vocabulaire, tout comme « c’est comme cela que je le ressens » évitant ainsi tout réflexion salutaire rationnelle… « J’ai le sentiment que la Terre est plate »….

Alors, pourquoi ne pas simplifier et appeler tout cela « sensation » ?

Les 4 émotions de base

Les émotions universellement reconnues sont la joie, la peur, la tristesse et la colère. Paul Ekman rajoute la surprise et le dégoût. Il a développé un logiciel permettant de distinguer ces micro-expressions caractéristiques de ces émotions universelles.

J’ai « inventé » une émotion, l’urgence, présente quand vous avez une envie pressante de boire, de fumer, de manger… Cette sensation d’urgence, souvent morbide, est vécue corporellement et cette addiction peut être traitée grâce à l’EMDR.

Par contre, oubliez les passions chères aux philosophes telles que l’admiration, l’amour ou la haine de Descartes, qui ne sont que des besoins ou des pensées sur autrui, tout comme la culpabilité ou la honte qui sont des pensées négatives sur soi.

Les 3 types d’émotions

Bert Hellinger distingue 3 types, les émotions primaires, les secondaires et les systémiques.

  • Les primaires sont courtes et sont orientées vers l’action. Malheureusement, ce sont les moins courantes.
  • Les secondaires sont des émotions « racket » au sens de l’analyse transactionnelle qui en cachent une autre moins avouable. Vous pouvez ainsi cacher votre colère sous de la tristesse et invoquer le « sentiment d’abandon » quand un de vos proches est mort ou est parti.
  • Les émotions systémiques sont des émotions reprises d’un membre de votre système. Vous pouvez être en colère contre votre mère parce qu’elle a eu un avortement, reprenant ainsi la colère supposée de l’enfant ou votre mère peut être en colère contre vous parce que vous représentez une partenaire précédente de votre père. Il peut y avoir un double déplacement, l’origine et la cible de l’émotion ayant changé de support. Le complexe d’Oedipe, la colère du fils contre le père, vient de celle de la mère contre la première femme du père…

Alors, méfiez-vous des émotions et cherchez-en l’origine plutôt que de les vivre à fond comme en gestalt-therapie que j’ai pratiqué pendant plusieurs années.

Émotions, besoins et croyances

Les émotions proviennent toujours des besoins selon Marshall Rosenberg et des pensées suivant les thérapies cognitives. En effet, il existe un lien entre la croyance « je suis en danger » et j’ai besoin de « sécurité ». Les thérapies cognitives classent les pensées négatives pour les désintégrer, en particulier les pensées émotionnelles.

Les émotions et les organes

La médecine traditionnelle chinoise relie émotions et organes ainsi :

Cette approche de la MTC liant émotions et organes est complètement fausse, la colère n’ayant aucune conséquence sur le foie et affectant plutôt le cœur. Il est plutôt sain de se faire de la bile (la cholé) pour digérer et la tension vient des surrénales… et la MTC ne reconnaît pas le cerveau comme organe. J’ai animé une constellation familiale et un résultat étonnant fut le lien entre foie et joie, qui viendrait de la noradrénaline.

Qu’en est-il en physiologie ?

Cela correspond au dessin en introduction…

Les émotions de base (colère, peur, tristesse, dégoût, joie, surprise) sont pour la plupart associées à une activité accrue dans la poitrine. Cela correspond à des modifications dans le rythme respiratoire ou cardiaque. Ce sont aussi celles qui provoquent les sensations physiques les plus fortes.

PNAS

Ainsi, la plupart des émotions sont liées au cerveau, au cœur et aux poumons.

Chaque émotion a un lien avec une ou plusieurs hormones, en plein ou en manque..

  • Dans la colère, le cerveau limbique est submergé d’adrénaline et un pic de dopamine, hormone de la récompense qui génère de l’excitation, engendre un certain plaisir.
  • La joie est liée à la sérotonine et l’ocytocine, l’hormone du plaisir.
  • La peur est liée à l’adrénaline et nous donne de l’énergie et permet de courir.
  • La tristesse est liée à un manque d’endorphine qui réduit la douleur.

Rappelons que ces hormones sont secrétées suite à un message envoyé par le tout-puissant cerveau… Voyons ce qu’il en est…

La pratique

Passons en revue les besoins et les positions de vie sous-jacentes et les rares instants où il est intéressant de les mentionner.

Passer de l’émotion au besoin

Nous aborderons uniquement les besoins primaires, car autrement, c’est trop le bazar…

  • La colère est liée au besoin d’empathie. Elle peut être aussi une demande de sécurité et une mise à l’abri.
  • La tristesse est liée au besoin de deuil, souvent lié à une perte.
  • La peur sous-tend un besoin de sécurité, affective, physique ou financier.
  • La joie est associée à un besoin de légèreté et de célébrer la vie.

Dans tous les cas, vous pouvez toujours vous demander comment remplir votre besoin ou demander à autrui ce que vous pouvez faire pour lui.

Évitez le triangle dramatique

Trois positions de vie dramatiques font ressortir une émotion plutôt qu’une autre :

  • Le persécuteur aura tendance à se mettre en colère. Il n’ose pas demander et préfère « exiger » et intimider autrui.
  • La victime aura tendance à être triste et a besoin de compagnie. Elle n’ose pas demander de l’aide et à du mal à s’accepter comme elle est.
  • Le sauveur, le pire de tous, intervient alors qu’on ne lui a rien demandé. Il se met en colère contre le persécuteur au nom de sa « bonne conscience » pour justifier sa violence. En réalité, il a peur des émotions de la victime.

Ces trois positions enfantines manquent de légèreté et d’équilibre.

Mentionner les émotions exceptionnellement

J’ai trouvé trois cas où il est intéressant de les mentionner et d’en faire part à autrui :

  • Quand la personne ressasse le passé, faites-la revenir dans le présent en mentionnant son état actuel avec le mot « maintenant ». Par exemple : « quand tu penses à ce qui s’est passé il y a 3 mois, tu es encore en colère maintenant« . Ainsi, la personne revient à aujourd’hui et vous pouvez l’aider à se mettre en mouvement plutôt que de se plaindre sur un passé révolu.
  • Quand la personne n’est pas consciente de son état et que son émotion est secondaire. Quand une personne pleure en parlant de ses parents morts il y a longtemps, vous pouvez lui dire « es-tu un peu en colère contre tes parents ? »
  • Quand une personne vous fait une demande, vous pouvez dire comment vous la vivez. Je suis content de pouvoir répondre à ta demande, je suis triste de ne pouvoir y répondre, je suis en colère contre moi-même car j’aurais dû y penser moi-même….

Le reste du temps, vous pouvez oublier de mentionner ces fameuses émotions. Vous gagnerez du temps et de l’énergie.

En conclusion : sortir du puits

J’espère vous avoir convaincu qu’insister sur les émotions est inutile. Comme le disait Marshall Rosenberg, elles sont comme le voyant s’allumant sur votre tableau de bord vous indiquant un manque d’huile ou d’électricité. Inutile de le démonter. Une fois, sur ma vieille bug californienne, ils avaient été inversés.. Voici quelques conseils…

  • Cherchez le besoin à l’origine de cette émotion. Et quand vous avez identifié le besoin de la personne, ne la ramenez jamais dans son émotion…
  • Choyez votre besoin de légèreté en osant aller bien même si les autres vont mal.
  • Demandez-vous ce que vous pouvez faire pour satisfaire votre besoin à l’origine de l’émotion.
  • Mettez-la au congélateur en attendant d’en trouver l’origine avec un professionnel.
  • Fuyez tout thérapeute qui insiste plus ou moins lourdement sur votre émotion…..

Et suivez votre joie de vivre en mettant aussi vos pensées négatives au congélateur…

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