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Dépressions, antidépresseurs, le dernier livre de P. Even et B. Debré

 J’ai beaucoup aimé Dépressions, antidépresseurs : le guide le dernier livre de P. Even et Bernard Debré.

Voici un article recensant une partie de son contenu en indiquant la subjectivité de ces « maladies » et l’effet des psychotropes…

Maladies ou symptômes ?

En psychiatrie, l’illusion domine en affublant de noms des syndromes, des  « troubles » des ensembles de symptômes. Nous avons ainsi les troubles du sommeil, des troubles du comportement alimentaire… Les symptômes les plus courants sont les idées suicidaires, les hallucinations, des comportements nocifs tels que fumer, boire, vomir…  Vous avez deux grandes références, le DSM et le CIM de l’OMS.

Le DSM ou le lobby des laboratoires pharmaceutiques

Comment classer les maladies ? Les auteurs critiquent vertement le DSM en montrant leur indifférence complète vis-à-vis du suicide et sa dépendance envers l’industrie pharmaceutique.

L’industrie pharmaceutique, qui a financé le DSM-5 pour 25 millions de dollars et ses auteurs pour le double, en retire chaque année un chiffre d’affaires 50 ou 100 fois supérieur avec 20% de bénéfices.

A mon avis, le principal défaut de ces références est d’insister sur des syndromes, des ensembles de symptômes, qui bouclent entre eux. Vous êtes suicidaire si vous êtes dépressif et vous êtes dépressif si vous êtes suicidaire…. Alors, si vous êtes suicidaire, prenez des antidépresseurs.

Névroses et psychoses

Les auteurs s’en tiennent à une vieille description psychanalytique entre psychoses, maladies graves telles que schizophrénie, manies, dépression majeure, bipolarité, autisme, paranoïa… et névroses telles que dépression moyenne ou mineure, anxiétés, TOC et troubles du sommeil.

Les dépressions sont donc dites majeures (100 000 personnes en France) dans le cas de pensées suicidaires, de pertes d’appétit et de troubles du sommeil… Les moyennes ou mineures touchent 4 à 6 millions de personnes.

Les psychotropes

Ces médicaments sont classés en antipsychotiques, antidépresseurs, anxiolytiques et psychostimulants. Abordons un peu de physiologie avant de décrire les types de médicaments.

Neuromédiateurs et récepteurs

Les neuromédiateurs ou neurotransmetteurs sont des composés chimiques allant de neurones émetteurs en neurones récepteurs. Les plus connus sont la dopamine, la noradrénaline, la sérotonine, l’histamine, l’acétylcholine, le glutamate et le GABA (Acide gamma immuno butyrique).  Chaque neuromédiateur possède son transporteur qui peut en faire autant avec une drogue. Comme le précisent les auteurs :

Ce ballet, encore largement incompris, décourage, et on le comprend les médecins et même beaucoup de psychiatres; qui se contentent alors de vivre d’illusions telles que « les psychoses sont un excès de dopamine » ou « les dépressions, un manque de sérotonine » qu’il suffirait de compenser pour guérir les malades. 

Les récepteurs canaux sont des protéines qui accélèrent ou ralentissent le passage d’ions tels que Ca++, Na+, K+, Cl- à travers une paroi. Les temps observés sont alors de l’ordre de la ms. Les RCPG récepteurs membranaires (couplés aux protéines G) sont plus lents, de l’ordre de la seconde et 30% des médicaments visent ces récepteurs (voir l’article en annexe).

Antipsychotiques

La chlorpromazine fut le premier antipsychotique en 1950. Elle agit sur un récepteur membranaire de la dopamine et réduit les hallucinations. Ils comprennent une trentaine de molécules.

Ils visent des inhibiteurs des récepteurs de l’histamine, la sérotonine… Les effets secondaires sont le gain de poids, d’hypertriglycéridémie, des résistances à l’insuline et le diabète. Je me souviens du film Elle s’appelle Sabine, sur la soeur de Sandrine Bonnaire, qui, anorexique, était devenue obèse. La Dépakine, de Sanofi, destinée aux épileptiques, a entraîné des malformations des enfants de femmes enceintes.

Antidépresseurs

Ce sont des psychostimulants qui visent principalement l’activité des neuromédiateurs ou des canaux. Ils n’ont pas plus d’effet que des placebos actifs (amers ou sucrés) et ont des effets secondaires dans 10 à 25% des cas.

  • Les IMAO, presque abandonnés aujourd’hui, ralentissent la dégradation des neurotransmetteurs.
  • Les inhibiteurs de la recapture élèvent la concentration cérébrale des neurotransmetteurs. Les inhibiteurs spécifiques, tels le Prozac de Lilly, le Deroxat de GSK, le Zoloft et Seroplex visent la sérotonine (ISRS) ou la noradrénaline (ISRN). Les « non spécifiques » tel l’Effexor, visent tous les neuromédiateurs.

Beaucoup d’études des laboratoires pharmaceutiques éliminent les cas gênants et favorisent les publications favorables. Glaxo (GSK) a ainsi été condamné en 2012 à 3 milliards de dollars d’amende pour falsification de ses résultats sur le Deroxat, inefficace et favorisant le suicide.

Anxiolytiques

Ils se divisent en anti-récepteurs de la sérotonine ou de l’histamine et benzodiazépines qui renforcent l’action du GABA sur les récepteurs, ralentissant l’influx nerveux. Les effets secondaires sont nombreux et peu intenses. Le NICE britannique recommande de ne les utiliser que 2 à 4 semaines.

Cinq études montrent qu’un usage prolongé chez les sujets âgés peut favoriser la survenue de démences de type maladie d’Alzheimer et une augmentation des chutes avec fractures.

Les recommandations

C’est donc un cri d’alarme que jettent les auteurs : 80% des prescriptions sont inutiles tout comme 20% des examens.

En conclusion, toute forme sérieuse doit être vue par un psychiatre. La prise en charge psychothérapeutique est essentielle. Malgré leur efficacité limitée, un antidépresseur est indispensable quelques semaines, dans les formes aïgues sérieuse et inquiétantes, mais pas dans les autres. Un anxiolytique et un seul peut être ajouté, sans jamais dépasser la dose moyenne. Les neuroleptiques sont à proscrire, sauf dans les dépressions psychotiques.

Pour aller plus loin

Si vous avez des remarques, laissez-moi un commentaire.

2 Responses to “Dépressions, antidépresseurs, le dernier livre de P. Even et B. Debré”

  1. Alexandre
    28 octobre 2018 at 13 h 04 min #

    Merci pour cet article clarifiant le sujet.

    Connaissez vous les effets de la L théanine qui me stabilise bien si je fais aussi attention a ce qui m’aide a rester equilibrer.

    Belle journée Alexandre

    • Michel Diviné
      5 décembre 2018 at 14 h 28 min #

      Désolé, je l’ignore…

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